vendredi 9 janvier 2009

Fusion.

J'étais, pour ainsi dire, un ami pour lui. J'aimais bien quand il me racontait ses histoires stupides. Parfois, je suivais l'oscillation de ses fines lèvres toutes rose, sinon, je tournais la tête ailleurs, regardais le ciel, évitais les flaques d'eau quand il nous arrivait de marcher cote à cote. Moi, de mon coté, je me contentais de lui répondre par un oui, par un non, parfois même, par un haussement des épaules, ou rarement, un long "Hum".

Pourtant, je crois que nul autre personne ne m'ait porté un tel intérêt. Sacré Raphaël! Il avait du béguin pour une fille originaire de Grèce. Elle s'appelait Magalie. Une belle fille, il faut l'avouer, mais je ne l'aimais guère. Sa bande de copine et leurs manières me faisaient vraiment chier, limite gerber. Alors, comme il était con, il savait choisir la pire de toute les filles, en plus, elle était déjà prise.

Les rumeurs disaient que son copain l'emmenait de temps en temps au cinéma...qu'il l'engrossa une fois...qu'elle avorta. Oui, il faut savoir qu'ici, en Algérie, baiser sa copine est un vrai casse tête. Les plus courageux, eux, emmènent leurs dulcinées à l'autoroute, se cachent derrière des arbres et passent à l'acte, les plus chanceux d'entre eux, trouvent des baraques et font l'amour sur un lit de fortune. Les autres, plus subtiles, choisissent les salles sombres. Raphaël venait chialait sur mon épaule et me disait: «T'as vu ce qu'ils disent à son propos?». Je lui répondais toujours, en haussant l'épaule: «Oui.». Son regard était toujours fixé sur la silhouette de Magalie, et les autres ont vite compris que c'était plus qu'une simple attirance physique. Il était timide, on le malmenait au bahut et lui, venait me raconter ce qu'il subissait.

Un jour, je me souviens, je marchais le long de la rue Didouche Mourad. En passant par la salle de cinéma Algéria, j'ai vu qu'il y avait à l'affiche Die Hard 4. Je m'ennuyais cet après midi là, et du fait qu'on passait en boucle à la télé la publicité le présentant, je décidais donc d'entrer le voir. Je regardai ma montre. Elle affichait 14h27 et la prochaine séance commençait à 14h30. Je sortis 200Da de
ma poche et je me dirigeai vers la caisse. Je lui demandai gentiment, tout en lui montrant mes 200Da:« Un ticket pour Die Hard». Elle me répond: «Vous n'auriez pas une pièce de 100Da? Je n'ai plus de monnaie.». Déjà, avec le chewing-gum qu'elle mâchait, elle avait l'air d'une vache. Ses maxillaires montaient et descendaient. Je ne pensais qu'à une chose, lui enfoncer son putain de gomme à mâcher dans la panse. J'allais hausser le ton quand je vis apparaître de la pénombre Magalie et son copain. Ils étaient bras-dessus bras-dessous et elle claudiquait légèrement. Il faut l'avouer, les places de cinéma, pour faire l'amour, ou juste pour regarder un film, ne sont guère confortable. Elle fit semblant de ne pas me reconnaitre, et moi, sur le coup, je pris le chemin du retour.

5 commentaires:

machin-bidule-truc-muche.skyblog.com a dit…

Et tu n'as jamais rien dit à Raphaël... ?

Salim Berkoun a dit…

Déjà bidule t'es trop curieuse, ensuite rafik je sais plus si je te l'ai déjà dit mais il est trop réaliste ton texte, je trouve que c'est vraiment un d etes points forts ça, ton réalisme algérien.

DaDa a dit…

Yeah pas mal cette histoire mais bon il a beau être réaliste je sais qu'il est fictif enfin je pense que.

Muzzy a dit…

J'adore mec. C'est cool

Et je pourrais pas aller en Algérie moi. Parce que si le sexe devient un problème ... C'est un peu emmerdant quoi. Donc ouais ... Putain Raf vient en France , nous on baise partout. Moi surtout en fait , j'ai jamais eut de problème.

Et j'aime les tonalités tragiques de tes récits ... C'est ... charmant ? Non ... Je ne sais pas.

Et c'est moins Camus sur le coup là. Ça paraît déjà plus ressortir d'ailleurs.

Et tu me donnes envie d'aller au Maghreb a nouveau. C'est dingue.

Ps : Ton narrateur est toujours lymphatique. Les mecs lymphatiques sont mes personnages adorés ( Je reste une grande fan de Alikavazovic n_n )

Claire a dit…

"Ses maxillaires montaient et descendaient. Je ne pensais qu'à une chose, lui enfoncer son putain de gomme à mâcher dans la panse. "

J'überkiffe ce passage, ça m'rappelle quelques envies soudaines envers de charmantes pétasses. Laul.

Sinon, j'aime, pour changer. Tu veux pas écrire un truc merdique ? Ca devient lassant d'toujours se répéter.
C'assez fort, c'que t'écris n'est jamais léger dans le fond, et pourtant la forme passe toute seule, c'vraiment agréable à lire. On s'dit pas "Quoi, il reste encore tout ça ? Quel pavé!". Non. Quand on a fini d'te lire, on en redemande.
Pour ma part, en tout cas, hein. Histoire de ménager tes chevilles §